| تعداد نشریات | 44 |
| تعداد شمارهها | 1,914 |
| تعداد مقالات | 15,547 |
| تعداد مشاهده مقاله | 46,156,298 |
| تعداد دریافت فایل اصل مقاله | 18,779,967 |
De la Quête du Temps Primitif à l'Éternité du Présent au sein du Vallon de Lamartine | |||||||||||||||
| Revue des Études de la Langue Française | |||||||||||||||
| دوره 18، شماره 2 - شماره پیاپی 35، اسفند 2026، صفحه 1-14 اصل مقاله (341.54 K) | |||||||||||||||
| نوع مقاله: Original Article | |||||||||||||||
| شناسه دیجیتال (DOI): 10.22108/relf.2026.149256.1299 | |||||||||||||||
| نویسندگان | |||||||||||||||
| Ali Abbassi* 1؛ Andia Abaï2؛ Sarah Sharifi3 | |||||||||||||||
| 1Professeur du Département de Langue et Littérature Françaises, Faculté des Lettres et des Sciences humaines, Université Shahid Beheshti, Téhéran, Iran | |||||||||||||||
| 2Maître-assistante, Département de Langue et Littérature Françaises, Faculté des Lettres et des Sciences humaines, Université Shahid Beheshti, Téhéran, Iran | |||||||||||||||
| 3Doctorante en Littérature Française, Faculté des Lettres et des Sciences humaines, Université Shahid Beheshti, Téhéran, Iran | |||||||||||||||
| چکیده | |||||||||||||||
| La temporalité et son rapport à l'espace imprègnent la conscience humaine et influent sur sa perception de l'environnement et, par conséquent, de soi-même. Dans «Le Vallon» d'Alphonse de Lamartine, le poète désir un espace qui est rapporté à son enfance. Selon ce désir, le poète se présente devant la force du temps perdu dont il essaye constamment de se souvenir. La question se pose: Comment le poète réagit-il face au passage du temps? Comment la perte du temps d'’enfance se manifeste-elle dans ce poème? Le but de cette recherche est de percevoir la conscience du poète à l'’égard de la puissance surhumaine du temps et le phénomène de la fuite du temps. Nous recourons aux considérations de Jean Burgos et ses trois types d'’écriture poétique afin d'’analyser les expressions et les lexiques qui révèlent l'’émotion du poète envers la force du temps. Ainsi, les idées de Gaston Bachelard et son point de vue concernant le rapport entre le temps et l'’espace nous aident à enrichir notre étude analytique-thématique. En conséquence, le poète profite des trois types d’écriture concernant les trois sortes de réaction en face du temps pour s'’exprimer. Ces trois types se révèlent l’un après l’autre. Or, l'’association entre la force du temps et l’espace se forme tout au long du poème et c’est l'’effet de cette association qui rend intelligible la faiblesse humaine à l'’égard du règne du temps et la finitude temporelle. Conséquemment, le poète se réfugie enfin dans le présent. | |||||||||||||||
| کلیدواژهها | |||||||||||||||
| Jean Burgos؛ Gaston Bachelard؛ Temporalité؛ Espace؛ Vallon de Lamartine | |||||||||||||||
| اصل مقاله | |||||||||||||||
|
Introduction Devant le règne du temps, l’homme a certaines possibilités limitées pour s'exprimer. Il perd le présent avant même d’y penser, l’avenir relève de son imagination, et son accès au passé n'existe que par l’association de souvenirs. Le rapport entre le temps et l'espace a déjà été abordé sous l'angle linguistique. Cependant, du point de vue thématique, il existe aussi des éléments unificateurs qui les relient. Ces éléments symbolisent certains aspects poétiques de l'esprit envers le temps et l'espace et jouent un rôle fondamental dans l'association des images du passé dans la pensée humain. En d’autres termes, c'est grâce à la compréhension de ces éléments que la réflexion sur les événements passés devient intelligible. Ainsi, la relation entre l'espace et la temporalité se manifeste dans «Le Vallon» d'une manière assimilative. Dans ce poème, le poète et ses désirs se trouvent en face de la force du temps, à laquelle le poète s'adresse tout en s'exprimant. Notre problématique s’est basée sur ces questions: Comment le poète réagit-il au passage du temps toute en exprimant ses sentiments? Comment la perte du temps d'enfance se manifeste-elle dans ce poème? L'hypothèse initiale repose sur cette idée que le poète exprime son impuissance face au pouvoir du temps par divers moyens linguistiques; cette impuissance s'exprime également sous forme de colère et de frustration. Pour fouiller minutieusement notre problématique, on s'appuie d’un côté sur les idées de Jean Burgos afin de recourir à ses trois catégories concernant les réactions de l’être humain face au temps. Son œuvre Pour une poétique de l'Imaginaire est notre source fondamentale. D’un autre côté, comme une source complémentaire, les considérations de Gaston Bachelard à propos du rapport entre le temps et l'espace nous aident à percevoir leur association dans ce poème et à avoir une conception plus cohérente sur l'entité de la temporalité au sein du «Vallon» de Lamartine. Ensuite, nous explorons les éléments qui représentent l'espace et le temps dans «Le Vallon» et nous analysons enfin leur rapport aux trois catégories burgosiennes. Le but de cette recherche est de percevoir la conscience et l'émotion du poète envers la fuite du temps. Ainsi, à travers une étude analytique-thématique, nous étudions comment l'existence du temps se manifeste d'une manière poétique et comment Lamartine s’est exprimé en face du règne du temps en tant que puissance surhumaine.
Revue de littérature Les œuvres littéraires de la période romantique française ont été étudiées sous différents angles; dans Le Romantisme (Millet, 2007) dont nous avons profité dans cette recherche, les changements survenus dans les œuvres littéraires en France postrévolutionnaire sont minutieusement expliqués. En ce qui concerne l'historique de cette recherche, nous pouvons distinguer les études concernant le temps de celles qui sont rapportées à l'espace. Au sujet de la temporalité; l'étude sur le thème du regret envers le passé perdu du point de vue général est l'une des études les plus fréquentes au sein des recherches poétiques et les chercheurs l'analysent à travers différentes approches philosophique, phénoménologique, thématique, psychanalytique etc. Dans l'article intitulé «The ballad of nostalgia in Nizar Qabani’s poems based on Walter Moser’s nostalgia genesis theory» (Kohandani et Namvar Motlagh, 2019), les deux types du regret liés au passé ont été étudiés; l'un est en rapport à un sentiment humain, l'autre renvoie à une sorte de maladie psychique. Dans la recherche «Remémoration et répétition: L'étude narratologique du Salon du Wurtemberg» (Carnoy-Torabi et Bagherian, 2017), les autrices se sont penchées sur une étude plutôt psychanalytique de l'acte de remémoration du passé. La peur est l'une des réactions possibles de l'homme vis-à-vis de la force du temps, ce qui a été étudié dans «La peur du temps chez Alfred de Musset » (Eslami Moghaddam et Farsian, 2018). Le même sentiment est le sujet d'une autre étude: «La peur du temps chez Théophile Gautier» (Sepanji, 2020). L'effort de l'homme afin de contrôler le temps est une autre réaction humaine en face de la force du temps, ce qui a été étudié dans «Maîtrise du temps dans la poésie cendrarsienne» (Hosseinian, 2023). Quant aux recherches suivantes, c'est l’espace et ses potentialités qui ont été étudiés sans les rapporter aux éléments temporels: «L’étude de l’espace et de l'altérité dans C'est moi qui éteint les lumières et On s'y fera de Zoya Pirzad» (Vafaie TajKhatooni, 2023), «La reconstruction de l'Espace dans Paysage fer de François Bon» (Golestani Dero et Khattate, 2020), «La coexistence, L'interaction et L’intersubjectivité: La Narration Spatiale des Illustrations du Petit Prince» (Liu, 2025) et «Étude de l'Espace Hétérotopique dans Solo d'un Revenant de Kossi Efoui et L'Énigme du Retour de Dany Laferrière Selon la Géocritique de Bertrand Westphal» (Nikrafat et Namvar Motlagh, 2018). Ainsi, l'article intitulé «L'espace dans le roman paysan: les cas de Jean Giono et de Mahmoud Dowlatabadi» (Farhadnejad et Vahdatirad, 2017) est en quelque sorte une révélation des rapports entre l'homme et la nature rustique qui l’entoure. Dans l'article intitulé «Du mal d'être romantique au mal d'écrire valmorien dans Les Pleurs» (Koué Kévin, 2023), l'esprit romantique des poètes françaises au XIXe siècle et «la poétisation de son mal» est l'objet d'étude. Il existe de nombreuses études s'inspirant de la critique de l’imaginaire de Gaston Bachelard: dans «Une Fenêtre sur la Poétique de Gaston Bachelard à travers des Vers Extraits des Forces Éternelles d'Anna de Noailles» (Sahih et al., 2020) l'univers imaginaire de l'œuvre a été étudié sous un angle phénoménologique. Ainsi, la méthode et la théorie de Burgos s'exerce aussi sur d'autres chercheurs: dans les articles intitulés «Avec Jean-Claude Renard sur quelques branches d' «un arbre frais»» (Despax, 2008), «Le passé, le poète, et l'avenir: le mythe greco-romain dans la poésie d’Apollinaire» (Hale, 1985), on a profité du fonctionnement de la méthode et la théorie de Burgos pour concrétiser le sens au sein du texte poétique. Or, dans notre recherche, nous étudions les éléments spatiaux-temporels du «Vallon» de Lamartine selon le point de vue de Jean Burgos. Ainsi certaines considérations de Gaston Bachelard nous aident à concevoir comment l'espace arrive à localiser un souvenir. D'ailleurs, la recherche la plus proche de notre étude s'intitule «La lecture burgosienne de l'Imaginaire et l'analyse de la notion de temps dans les poèmes de Charles Baudelaire», les auteurs en s'appuyant sur la syntaxe imaginaire de Jean Burgos montrent comment l'émotion de Charles Baudelaire face à la force du temps se révèle d’une façon fugitive, ce qui mène le poète à «s'échapper dans un refuge secret et sûr» (Abangah et Abbassi, 2024). Dans cette recherche, nous pénétrons dans les potentialités des éléments spatiaux-temporels du «Vallon» de Lamartine tout en nous penchant sur la poéticité burgosienne.
Cadre théorique Quant à Jean Burgos, la poésie offre un tas d’images condensées selon lesquelles nous pouvons relever un «épaississement du sens» et la poétique est «exploration de la poéticité d'un texte, c'est-à-dire de son attitude à engendrer, par le langage, une réalité nouvelle et sans cesse renouvelée par la lecture» (Cité par Chelebourg, 2000, p. 78). De cette façon, il existe toujours de nouveaux sens à découvrir tout en faisant une nouvelle lecture. Et, c'est à travers les outils linguistiques et les possibilités langagières que le processus de la formation de nouveaux sens peut voir le jour. Car la poétique est «étude objective et raisonnée des possibilités de sens» (Chelebourg, 2000, p. 78). Jean Burgos met l'accent sur l'image comme un outil linguistique: «À l'origine de la poéticité, il y a l'image» (Chelebourg, 2000, p. 78). Selon Burgos, il existe une différence nette entre la métaphore et l'image, car l'image se manifeste comme un «épaississement du sens»: «le mot se gonfle par lui-même de significations multiples qui viennent à entraver la marche du discours» (Burgos, 1982, p. 10). Donc, c'est au moyen des images que l'on peut avoir une multiplicité du sens à travers une nouvelle lecture. «La poéticité du texte réside dans ce fonctionnement sémantique: l'épaississement du sens, en générant un surcroît de réalité» (Chelebourg, 2000, p. 78). En d’autres termes, chaque lecture révèle une nouvelle image et cette image doit son existence à cette nouvelle lecture: «La poétique est l'analyse de cette capacité du discours à créer un surcroît de réalité» (Chelebourg, 2000, p. 78). Cependant, selon Burgos, grâce aux schèmes moteurs «un passage de l'actuel au virtuel» serait possible (Chelebourg, 2000, p. 80). Il s'agit donc des mêmes schèmes moteurs «qui ont présidé à l'écriture» (Cheleborg, 2000, p. 80), ce qui provient de la même force qui avait déjà activé la concrétisation de la pensée et de l’imaginaire. En ce qui concerne son origine, «Jean Burgos, en effet, reprend à Gilbert Durand la notion de schème pour désigner les forces actives dans l'émergence et l'organisation des images» (Cheleborg, 2000, p. 80). Selon Burgos, ce sont «les schèmes moteurs» qui permettent au lecteur de révéler les images cachées afin d'avoir accès aux nouveaux sens du poème: «Tout se passe comme si les schèmes moteurs en acte dans l’écriture entraînaient chez le lecteur, aussitôt que réinvestis, certains comportements déterminés par les forces vives de texte et les prolongeant nécessairement, mais ne les reflétant cependant que partiellement» (Burgos, 1982, p. 125). Donc, les schèmes moteurs aident le texte poétique à être vivant: «les schèmes moteurs guident le lecteur vers des potentialités non point arbitraires» (Chelebourg, 2000, p. 81). En effet, ces potentialités sont «sélectionnées et revivifiées en fonction des structures de l'Imaginaire de lecteur» (Burgos, 1982, p. 125). D'ailleurs, selon Burgos, «la syntaxe de l’Imaginaire» influe sur la conception du temps et par conséquent il catégorise les trois réactions poétiques envers la temporalité:
«Ces réponses, illimitées dans leurs formulations, se ramènent en fait à trois grandes catégories fondamentales qui manifestent trois sortes de comportements devant le temps chronologique et donc trois types de solutions possibles devant l'angoisse liée à la finitude: l'une de révolte, l'autre de refus et la troisième d'acceptation détournées ou de ruse» (Burgos, 1982, p. 126).
Selon la catégorisation burgosienne ci-dessus nous pouvons analyser l'attitude du poète envers la finitude temporelle. Burgos affirme que «la poéticité du texte, en effet, ne naît pas d'une seule image mais procède de la convergence sémantique des forces complémentaires ou antagonistes dont sont animées ses diverses images» (Cité par Chelebourg, 2000, p. 79). C'est pourquoi nous avons besoin d'identifier les images pour saisir la poéticité du poème. L'image équivaut aussi au mot afin de faire partie des signes du texte à déchiffrer: «J'entends par signe soit un mot soit une image et il est vrai que la conscience constitue un univers sémiotique de représentations propres au sujet qui naît à lui-même et au regard intersubjectif par la méditation de l'image perçue» (Cros, 2005,
Analyse thématique du temps et l'espace du Vallon L'union entre le temps et l'espace n'est pas vainement révélée dans la poésie de Lamartine. D'après lui «Toute fécondité vient de l'union, dans la nature morale comme dans la nature matérielle» (Millet, 2007, p. 31). À travers les expressions qui révèlent les désirs intérieurs et les émotions du poète: les indicateurs de l'espace, les temps verbaux et les adverbes temporels nous pouvons fouiller «la syntaxe de l’Imaginaire» du poème et les «schèmes moteurs» (Cité par Chelebourg, 2000, p. 83) qui élaborent cette syntaxe poétique. Les indicateurs syntaxiques et les schèmes moteurs sur lesquels le poète s'appuie pour s’exprimer se situent tout au long du «Vallon».
Expression de la révolte contre la force temporelle au sein du «Vallon» Bachelard à plusieurs reprises insiste sur cette idée que la solitude nous ouvre une porte par laquelle on sort du présent afin d'aller vers le passé primitif: «Quand dans la solitude, rêvant un peu longuement, nous allons loin du présent, revivre les temps de la première vie, plusieurs visages d'enfants viennent à notre rencontre» (Bachelard, 2005, p. 84). Au premier vers du «Vallon»: «Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance» (Lamartine, 1942), le poète, le cœur brisé par tous, entre dans le royaume de la solitude en se séparant des autres, et y trouve ainsi la possibilité de retrouver le passé à l'aide de se souvenir de son enfance; ce qu'il exprime au troisième vers. Selon Burgos, pour déchiffrer la syntaxe d'Imaginaire, il nous faut relever «les modalités de la structuration» (Cité par Chelebourg, 2000, p. 83) du poème. La modalité de la structuration du troisième vers du «Vallon» nous oriente à percevoir l'image de la révolte du poète contre le temps:
Tableau n° 1
Pour revivre subjectivement le temps primitif, c’est en se souvenant du vallon que le poète arrive à remarquer son enfance. Donc, l'espace du vallon intéresse le poète pour se souvenir du temps passé. Ainsi selon Bakhtine, l’association entre le temps et l'espace est inévitable: «Le temps et l'espace sont inséparables» (Bakhtin, 2008, p. 137). Quant à Bachelard, le rêveur arrive à détecter de «beaux fossiles de durée concrétisés par de longs séjours» (Bachelard, 1974, p. 28), c'est ce que le poète effectue tout au long de son poème «Le Vallon». Même l'espace du vallon est en rapport à la profondeur et cela met en question l'écoulement du temps, car le sentiment de se situer dans un creux est contre le sentiment de fluidité: «Les êtres réunis sous la lampe ont conscience de former un groupes humain réuni dans un creux de terrain, […] ils se trouvent ligués "contre la fluidité extérieure"» (Bachelard, 1948, p. 128). De même, l'espace du vallon ressemble à celui du creux dont, selon l'explication de Bachelard, la perception est «contre la fluidité extérieure». Nous pouvons ainsi rapporter le troisième vers du «Vallon» à l'un des schèmes moteurs présentés par Jean Burgos. La révolte contre le temps se manifeste, selon Burgos, par l'image d'«une volonté de conquête» (Cité par Chelebourg, 2000, p. 84), et cette occupation est dans le but d'« arrêter la chronologie, figer le temps en un éternel présent» (Burgos, 1982, p. 126). Pour analyser «les modalités de structuration» (Chelebourg, 2000, p. 83) et «la syntaxe de l’Imaginaire» du vers du tableau n° 1: «Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance» (Lamartine, 1942), le verbe prêter signifiant «Mettre qqch à la disposition de qqn pour un temps déterminé» (Rey, 1995) au mode impératif indique la «volonté de conquête» (Cité par Chelebourg, 2000, p. 84), cela montre à quel point le poète s'efforce de «prendre la possession de l’espace» (Chelebourg, 2000, p. 84) afin de maîtriser le temps et selon Burgos tout cela désigne «la révolte contre le temps» (1982, p. 126). Ainsi, l’adverbe «seulement» qui accompagne le verbe prêter montre l’insistance du poète. C'est par la préposition de dans «vallon de mon enfance» que le poète arrive à construire une «structure relativée» (Ruwet, 1972, p. 252) et le syntagme prépositionnel «de mon enfance» avertit le lecteur du lien de dépendance ou plus précisément du lien de possession entre cet espace et l'enfance du poète, d'autant plus que ce syntagme prépositionnel comporte aussi l'adjectif possessif «mon». Ce dernier partage cette idée qu'il ne s’agissait pas d'un lieu universel, mais un lieu plutôt individualisé. Toutes les insistances lexicales que nous venons de mentionner marquent qu'il s'agit d'une «volonté de conquête» (Cité par Chelebourg, 2000, p. 84) dont les caractéristiques sont en rapport aux types d'écriture poétique du «révolte contre le temps» (Burgos, 1982, p. 126). En effet, en exerçant cet impératif de supplice, ce type poétique se manifeste par l'émergence d'une forme d'agressivité chez le poète, et pas nécessairement par une altération de sa force physique. Donc, l'association entre les schèmes moteurs se créent les images poétiques ; nous essayons d’analyser la même situation pour découvrir un autre type d'écriture poétique burgosienne. En effet, la révolte comme la réaction n'est pas durative, et ne dure que le temps de la première strophe du poème; d'autres réactions apparaissent par la suite. C'est pourquoi, selon Chelebourg, la révolte contre le temps est une «volonté de conquête» (Chelebourg, 2000, p. 84). Toutefois puisque le poète est incapable d'arrêter le temps, elle ne demeure qu'une volonté. Incapable de franchir l'étape de conquête, c'est apparemment la réaction la plus instantanée, la plus périssable.
Expressions du refus contre le déroulement temporel au sein du «Vallon» Comme nous avons constaté, dès le premier quatrain du poème, le désir du poète s'annonce par rapport à l'espace du vallon, c'est-à-dire le lieu de son refuge intime et nostalgique :
«Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance, N'ira plus de ses vœux importuner le sort; Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance, Un asile d'un jour pour attendre la mort» (Lamartine, 1942).
Dans le premier vers «Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance» (Lamartine, 1942), l'émotion de «lassé de tout» montre une certaine généralité par laquelle il insiste sur le fait qu’il est à quel point seul. Cette généralité réside dans le sens du pronom tout étant un «pronom indéfini» signifiant «toute chose, tout le monde, tous les hommes» (Grevisse, 2007, p. 112). De cette façon, le poète désire de s'éloigner de «tout» et par conséquent, il aurait l'intention de se réfugier dans la solitude. C'est justement cette étape de la solitude qui l’aide à se rendre à l'espace du vallon qui lui tient à cœur; un espace qui revivifie son enfance et son passé lointain. Ainsi, c'est dans cette atmosphère de solitude que le poète repense au vallon de son enfance et il le désire au troisième vers. En effet, selon, le tableau n° 1, il est vrai que le verbe prêter est un indice pour exprimer la révolte du poète contre le temps, cependant, il s'agit aussi du lien d’intimité entre le poète et l'espace du vallon ; le poète désire de se réfugier dans cet espace et selon Burgos «la fuite vers un lieu protecteur et refuge dans un espace privilégié sont des indices manifestes du refus du déroulement temporel» (Cité par Chelebourg, 2000, pp. 84-85). D'autres caractéristiques concernant «le refus du déroulement temporel» est en rapport aux espaces mentionnés au deuxième quatrain. Les espaces ayant certaines particularités que le poète décrit en partageant son émotion.
«Jean Burgos identifie dans ce cadre [du refus du déroulement temporel] quatre groupes de schèmes: le repli par progression vers un lieu plus secret; la restriction spatiale continue débouchant volontiers sur un emboîtement, [ce qui est] une mise en abyme des refuges; le resserrement et la miniaturisation d'espaces gullivérisés; enfin l’aménagement de ces espaces, autorisant avec eux une forme de communion, voire une véritable fusion» (Cité par Chelebourg, 2000, p. 85).
Dans les tableaux suivants, le poète présente certains morceaux dispersés par rapport aux moments d'enfance, chaque morceau paraît comme un «groupe de schèmes moteurs» qui est concrétisé à travers les lexiques et la syntaxe de chaque vers:
Tableau n° 2
Comme le montre le tableau n°2, le poète pénètre dans ses souvenirs d’enfance à travers un «étroit sentier» qui mène vers «l'obscure vallée». Par ces mots, nous pouvons constater une image non seulement hyperbolique, mais aussi symbolique. L'hyperbole comme la figure de style se présente par l'adjectif «étroit», car déjà le mot «sentier» possède le sens d'étroit au sein de ses sèmes. Le poète lui attribue de nouveau cette épithète pour insister sur le fait que ce chemin est à quel point difficile à traverser. Selon Burgos «la restriction spatial» (Cité par Chelebourg, 2000, p. 85) marque le refus du déroulement temporel. D'autant plus qu’il est rapporté à l'adjectif «obscure» dans «l'obscure vallée» (v. 5). En effet, l'obscurité pourrait renvoyer à un lieu mystérieux et «un lieu plus secret» (Chelebourg, 2000, p. 85) et c'est un autre indice du «refus du déroulement temporel». D'ailleurs, l’adjectif «obscur» se coïncide en général avec la couleur noire et cette couleur est «la teint active qui fait saillir la substance profonde, et par conséquent, sombre de toutes choses» (Bachelard, 1948, p. 35). Ainsi, l'étroitesse et l'obscurité peignent la pénibilité, le mystère et la profondeur de l'acte de recourir à l'espace d'enfance et parallèlement au temps d'enfance. De même, les schèmes moteurs concernant le refus du déroulement temporel sont perceptibles dans les vers suivants:
Tableau n° 3
Au tableau ci-dessus, l’adjectif «cachés» au vers n° 9 marque l'effet du « lieu plus secret» (Chelebourg, 2000, p. 85) et le gérondif du verbe serpenter dans le syntagme verbal «Tracent en serpentant» renvoie à « la restriction spatiale continue débouchant volontiers sur un emboîtement, une mise en abyme des refuges» (Cité par Chelebourg, 2000, p. 85), ce qui fait partie des schèmes moteurs et selon Burgos, cela met l'accent sur l'image du «refus du déroulement temporel». Nous avons analysé les indices lexicaux du «Vallon» afin de relever les deux types d’écriture poétique concernant «la révolte contre le temps» et «le refus du déroulement temporel». Le troisième type d'écriture poétique proposé par Jean Burgos va être étudié à la partie suivante, nous allons voir comment le poète consacre les images considérables pour peindre les situations vraisemblables; les situations dans lesquelles, il nous semble que le poète se soumet à la force du temps et sa finitude.
Images de l'acceptation de la finitude temporelle En ce qui concerne le troisième type d’écriture poétique que souligne Jean Burgos, il s'agit de «l’acceptation de la fuite du temps» (Burgos, 1982, p. 165), ce qui «génère une écriture de la ruse» (Chelebourg, 2000, p. 85). Car, le poète se situe au-delà des deux types d’écriture précédents «en feignant de se soumettre au devenir mais pour mieux le dépasser» (Burgos, 1982, p. 165). Ce que nous entendons par «ruse», se manifeste sous la forme d’un procédé au cours duquel il semble qu'il n'y a aucune tension entre le poète et la force du temps; selon ce procédé, le poète se laisse aller au courant de l'écoulement temporel. Or, à vrai dire, il s'agit d’une réaction psychique dans le but de surmonter son angoisse: «les schèmes qui procèdent de cette attitude ne visent pas à habiter l’espace, mais à le parcourir en suivant l'axe vectoriel du temps» (Chelebourg, 2000, p. 85). Dans les vers ci-dessous, le poète indique «deux ruisseaux» dont l'existence spatiale est éphémère, car le poète met l'accent sur leur mobilité comme une force complémentaire qui accomplit l'acte de l’écoulement du temps et sa mutation imparable:
Tableau n° 4
Dans le tableau ci-dessus, au dernier vers de ce quatrain, le verbe se perdre montre la vanité spatiale des ruisseaux qu'il venait de décrire, et «sans nom» marque à tel point la trace de ces deux ruisseaux est fragile. Le caractère précaire de cet espace montre l'acceptation du poète envers la fuite du temps. En effet, ces deux ruisseaux en tant que «schèmes progressistes» (Cité par Chelebourg, 2000, p. 85) sont précédés par l'adverbe de lieu «Là» désignant un espace, selon une lecture burgosienne, en s'appuyant sur les modalités structurelles et lexicales du vers n° 12, ce lieu ne se présente pas comme un lieu à habiter, mais à parcourir. Selon Burgos, «Parcourir l'espace est, dès lors, parcourir le temps et assimiler ses forces, l'énergie de ses cycles» (Cité par Chelebourg, 2000, p. 85). Il en est de même au sein du quatrain suivant:
Tableau n° 5
Dans le tableau ci-dessus, «la source de mes jours» incarne l'acte de l'écoulement et la fluidité temporelle et les deux syntagmes prépositifs «sans nom» et «sans retour» au vers n° 14 marque la précarité temporelle, tout cela fait partie des «schèmes progressistes» qui appartiennent au type d'écriture poétique de «l'acceptation de la fuite du temps». Or, la situation suivante présente un autre schème moteur concernant le type d'écriture poétique de l’acceptation de la finitude temporelle.
Tableau n° 6
Dans le tableau ci-dessus, nous pouvons distinguer la présence des schèmes associés au type d’écriture poétique concernant «l'acceptation de la fuite du temps», à l'instar du lieu «entouré d'un rempart de verdure» qui équivaut aux «schèmes générateurs et cyclique dont la force réside dans l'éternel retour des événements» (Chelebourg, 2000, p. 85). En effet, il s'agit d’un espace dont les traces ne se manifestent plus précaires, par contre, cela partage un aspect plutôt éternel. Le verbe fixer au vers n° 23 donne à cette image un aspect plus permanent. En effet, contrairement aux deux situations précédentes, il n'y a aucun élément par rapport à l'irréversibilité temporelle. C'est pourquoi le fait d' «entendre l'onde» (v. 24) est montré d’une manière continuelle ou cyclique, comme s'il ne touchait pas la fin: il ne s'agit pas de l'entendre une fois pour toutes. De ce point de vue, l'action d'« entendre l’onde» et «voir les cieux» au vers n° 24 au tableau n°6 sont perceptibles d’une manière non-conclusive: «les verbes conclusifs sont des verbes dont le procès tend vers son achèvement (acheter, mourir) tandis que les verbes non-conclusifs ne tendent pas vers un terme (détenir, habiter)» (Maingueneau, 1999, p. 65). Dans la situation suivante, le poète peint une autre image qui renforce le type d'écriture poétique de l'acceptation de la fuite du temps:
Tableau n° 7
Selon les vers du tableau ci-dessus, par le moyen de l'oubli le poète tente de se soumettre au temps sans essayer de le refuser. Ainsi, en recourant à une allusion mythologique concernant le «Léthé», le poète désire «le calme» (v. 26). Le Léthé ou «la rivière de l’oubli» est l'un des rivières du «monde souterrain» dans la mythologie hellénique (Grimal, 2005, p. 55). Comme si le poète voulait feindre de négliger le temps passé et d'habiter au temps présent, c'est pourquoi il se réfugie dans l'oubli et rassure que les «Beaux lieux»» (v. 27) sont «où l’on oublie» (v. 27). Le schème moteur renvoyant au type d'écriture poétique de l'acceptation de la fuite du temps qui concerne cette scène nous donne accès à la perception de cette image eschatologique exprimée par le poète: «les schèmes moteurs eschatologiques» sont selon Burgos ceux-ci «par lesquels l'Histoire aboutit à une forme de fin des Temps» (Cité par Chelebourg, 2000, p. 85). De cette façon, l'acte de l'oubli aide le poète à toucher la fin du Temps, ce qui paraît en quelque sorte un certain détachement par rapport à l'angoisse du passé perdu.
Conclusion L'émotion du poète envers la force du temps est exprimée tout au long du poème «Le Vallon». En fait, la force du temps se manifeste sous la forme d'un règne surhumain dont la perception du poète s’est imprégnée. Pour concevoir la réaction du poète face au passage du temps et les sources imaginaires au sein desquelles l’émotion du poète se révèle, nous avons analysé l'association entre les schèmes moteurs créant les images poétiques, ce qui est selon Burgos l’origine de la poéticité. Ainsi, le poète s'exprime aux trois niveaux différents devant la force du temps: de la révolte contre le temps Par ailleurs, tout au long du poème, le moi du poète est exprimé par le moyen de ses souvenirs. Or, le poète décide enfin d'oublier le passé pour se lancer dans le présent et profiter d’une certaine éternité, comment arrive-t-il à détacher son moi révélateur de son passé? L'association entre l'oubli et le cadre identitaire du moi du poète pourrait être le sujet d'une autre étude ayant une approche psychanalytique. | |||||||||||||||
| مراجع | |||||||||||||||
|
Abangah, Z. et Abbassi, A. (2024). La lecture burgosienne de l’Imaginaire et l'analyse de la notion de temps dans les poèmes de Charles Baudelaire. Recherches en Langue et Traduction Françaises, 7(1), 132-156. https://doi.org/10.22067/rltf.2025.91564.1136 [En Persan] Bachelard, G. (2005). La poétique de la rêverie. Presses universitaires de France Bachelard, G. (1974). La poétique de l'espace. Presses universitaires de France Bachelard, G. (1948). La terre et les rêveries du repos. José Corti Bakhtin, M. (2008). The dialogic imagination (R. Pourazar, Trad.). Ney. [En Persan] Burgos, J. (1982). Pour une poétique de l'Imaginaire. Le Seuil. Carnoy-Torabi, D. et Bagherian, F. (2017). Remémoration et répétition: L'étude narratologique du Salon du Wurtemberg. Revue des Études de la Langue Française, 9(17), 57-70. https://doi.org/ 10.22108/relf.2018.105109.1028 Chelebourg, Ch. (2000). L'imaginaire littéraire : Des archétypes à la poétique du sujet. Nathan. Cros, E. (2005). Le sujet culturel: Sociocritique et psychanalyse. L’Harmattan. Despax, A. (2008). Avec Jean-Claude Renard sur quelques branches d' «un arbre frais». Littératures, 58(1), 373-384. https://doi.org/10.3406/litts.2008. 2276 Eslami Moghaddam, F. et Farsian, M. R. (2018). La peur du temps chez Alfred de Musset. Revue des Études de la Langue Française, 10(19), 41-50. https://doi.org/ 10.22108/relf.2018.107716.1044 Farhadnejad, A. et Vahdatirad, Sh. (2017). L'espace dans le roman paysan: les cas de Jean Giono et de Mahmoud Dowlatabadi. Revue des Études de la Langue Française, 9(16), 39-50. https://doi.org/10.22108/relf.2017.102392.1012 Grevisse, M. (2007). Le petit Grevisse: Grammaire française. De Boeck. Grimal, P. (2005). Mythologies: Grèce et Rom (M. Salehi Allameh, Trad.). Mohajer. [En Persan] Golestani Dero, Z. et Khattate, N. (2020). La reonstruction de l’Espace dans Paysage fer de François Bon. Recherche en Langue et Littérature Françaises, 14(25), 51-65. https://doi.org/10.22034/ rllfut.2020.40091.1273 Hale, J. (1985). Le passé, le poète, et l'avenir: le mythe greco-romain dans la poésie d’Apollinaire. Australian Journal of French Studies, 22 (3), 296-306. https://doi.org/10.3828/AJFS.22.3.296 Hosseinian, T. (2023). Maîtrise du temps dans la poésie cendrarsienne. Recherche en Langue et littérature françaises, 16(30), 75-95. https://doi.org/10.22034/ rllfut.2022.51668.1368 Koué Kévin, B. (2023). Du mal d'être romantique au mal d’écrire valmorien dans Les Pleurs. Recherche en Langue et Littérature Françaises, 17(31), 35-50. https://doi.org/10.22034/rllfut.2023.55599.1391 Kohandani, H. et Namvar Motlagh, B. (2019). The ballad of nostalgia in Nizar Q abani's poems based on Walter Moser’s nostalgia genesis theory. Critical Language and Literary Studies, 15(21), 273-296. https://clls.sbu.ac.ir/ article_100107.html?lang=en [En Persan] Lamartine, A. (1942). Méditations poétiques. Larousse. Liu, Ch. (2025). La coexistence, L'interaction et L'intersubjectivité: La Narration Spatiale des Illustrations du Petit Prince. Recherche en Langue et Littérature Françaises, 18(34), 97-112. https://doi.org/10.22034/rllfut.2025.64391.1482 Maingueneau, D. (1999). L'énonciation en linguistique française. Hachette. Millet, C. (2007). Le Romantisme: Du bouleversement des lettres dans la France postrévolutionnaire. Librairie Générale Nikrafat, Sh. et Namvar Motlagh, B. (2018). Étude de l’Espace Hétérotopique dans Solo d’un Revenant de Kossi Efoui et L'Énigme du Retour de Dany Laferrière Selon la Géocritique de Bertrand Westphal. Recherche en Langue et Littérature Françaises, 12(22), 87-101. https://france.tabrizu.ac.ir/article_8104.html Rashidian, A. (2005). Husserl in the context of his works. Ney. [En Persan] Rey, A. (1995). Le Robert. Dictionnaires le Robert. Ruwet, N. (1972). Théorie syntaxique et syntaxe du français. Le Seuil. Sahih, B., Afkhami Nia, M et Assadollahi, A. (2020). Une Fenêtre sur la Poétique de Gaston Bachelard à travers des Vers Extraits des Forces Éternelles d’Anna de Noailles. Recherche en Langue et Littérature Françaises, 14(26), 192-212. https://doi.org/10.22034/rllfut.2020.40152.1274 Sepanji, M. (2020). La peur du temps chez Théophile Gautier. Recherche en Langue Française, 1(2), 209-232. https://doi.org/ 10.22054/rlf.2020.44190.1042 Vafaie Taj Khatooni, S. (2023). L'étude de l’espace et de l'altérité dans C'est moi qui éteint les lumières et On s'y fera de Zoya Pirzad. Recherche en Langue Française, 3(2), 165-183. https://doi.org/ 10.22054/RLF.2023.71687.1153 Zahavi, D. (2013). Husserl's Phenomenology (M. Sahebkar & I. Vaghefi, Trad.). Rouzbahan. [En Persan] | |||||||||||||||
|
آمار تعداد مشاهده مقاله: 89 تعداد دریافت فایل اصل مقاله: 9 |
|||||||||||||||